Test génomique prostate : un nouvel allié pour prédire les récidives précoces du cancer de la prostate
Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme et reste une cause importante de décès. Après une prostatectomie ou une radiothérapie, une partie des patients voit le PSA remonter rapidement : c’est la récidive biologique précoce.
La question clé, pour le patient comme pour l’urologue, est simple :
« Mon cancer était-il vraiment agressif ? Avons-nous choisi le bon traitement ? »
Le test génomique prostate apporte ici une information supplémentaire précieuse. Plutôt que de se limiter au PSA, au score de Gleason et à l’IRM, il analyse l’ADN tumoral pour estimer le risque réel de récidive.
Début 2026, l’étude VANDAAM, menée au Moffitt Cancer Center et publiée dans le Journal of the National Comprehensive Cancer Network, a apporté une validation prospective très solide du test génomique prostate Decipher®, notamment chez les hommes afro-américains, qui paient un tribut particulièrement lourd au cancer de la prostate.
Pourquoi un test génomique prostate est-il utile ?
Pendant des années, la décision thérapeutique s’est appuyée sur :
le PSA,
le score de Gleason,
le stade clinique et les données de l’IRM,
les scores de risque type CAPRA ou catégories NCCN.
Ces outils restent indispensables, mais ils ne disent pas tout de la biologie réelle de la tumeur. Deux cancers avec le même PSA et le même Gleason peuvent se comporter de façon très différente.
Le test génomique prostate Decipher analyse l’expression de 22 gènes impliqués dans l’agressivité tumorale et le risque de métastases. À partir de là, il attribue un score génomique classé en :
risque faible,
risque intermédiaire,
risque élevé.
L’objectif du test génomique prostate n’est pas de remplacer le jugement clinique, mais de raffiner la stratification du risque : qui peut être traité de façon plus légère, et qui doit être protégé d’une récidive rapide par une approche plus intensive.
L’étude VANDAAM : quand le test génomique prostate se confronte au réel
La particularité de l’étude VANDAAM est d’avoir inclus autant d’hommes afro-américains que d’hommes blancs, avec un risque clinique comparable au diagnostic.
Qui étaient les patients ?
243 hommes avec cancer de la prostate localisé, recrutés entre 2016 et 2021.
Après exclusions techniques, 226 patients ont eu un test génomique prostate exploitable.
L’analyse principale portait sur 207 patients avec données complètes et suivi de 2 ans :
104 hommes afro-américains,
103 hommes blancs.
Tous avaient un cancer de la prostate de risque faible ou intermédiaire, traité selon les standards :
prostatectomie radicale, ou
radiothérapie ± hormonothérapie de courte durée.
Le test génomique prostate Decipher était réalisé sur les biopsies initiales, et lorsque c’était possible, sur la pièce opératoire après chirurgie. Les patients étaient ensuite suivis pendant environ 24 mois avec des dosages réguliers de PSA pour dépister une récidive biologique (BCR) à 2 ans.
Résultats principaux : ce que dit vraiment le test génomique prostate
Au total, 15 patients ont présenté une récidive biologique dans les deux ans :
8 hommes afro-américains,
7 hommes blancs.
Les résultats sont très clairs :
Dans toute la cohorte, les patients en haut risque génomique (score Decipher élevé) avaient :
environ 5 à 6 fois plus de risque de récidive à 2 ans que ceux en faible risque,
même après ajustement sur l’âge, le PSA, le Gleason et les autres facteurs cliniques.
Chez les hommes afro-américains, le signal est encore plus fort :
tous ceux qui ont récidivé étaient dans le groupe haut risque génomique,
un test génomique prostate classé “haut risque” multipliait par plus de 16 les chances de récidive précoce après ajustement,
la capacité du test génomique prostate à distinguer récidive vs non récidive (AUC) approchait 0,98, ce qui est exceptionnel.
Autrement dit, chez les hommes afro-américains, le test génomique prostate a permis d’isoler un petit sous-groupe à très haut risque de récidive rapide, là où les paramètres classiques ne suffisaient pas.
Biopsie ou chirurgie : le test génomique prostate est-il fiable dès le début ?
L’une des forces de l’étude est d’avoir comparé le test génomique prostate sur biopsie et sur la pièce de prostatectomie :
dans 77 % des cas, la même catégorie de risque (faible / intermédiaire / élevée) était retrouvée avant et après chirurgie ;
dans les quelques cas où le score génomique augmentait après chirurgie, il s’agissait plus souvent de tumeurs situées dans la partie antérieure de la prostate, zone parfois moins bien échantillonnée par les biopsies classiques.
Cela signifie que, dans la majorité des situations, un test génomique prostate sur biopsie donne déjà une information fiable avant que la décision thérapeutique (surveillance active, chirurgie, radiothérapie) ne soit prise.
Ce que change le test génomique prostate dans la pratique
1. Mieux adapter l’intensité du traitement
Le test génomique prostate peut aider à :
rassurer un patient à faible risque clinique et génomique, pour envisager :
une surveillance active,
ou un traitement local moins agressif ;
au contraire, identifier un patient “intermédiaire” sur le plan clinique mais haut risque génomique, pour :
proposer d’emblée une stratégie plus intensive (chirurgie + radiothérapie, ajout d’hormonothérapie, etc.),
surveiller beaucoup plus étroitement les suites avec un PSA rapproché.
2. Personnaliser le suivi
Un test génomique prostate à haut risque justifie :
des consultations plus fréquentes,
un seuil de vigilance plus bas sur les variations de PSA,
une discussion plus précoce d’un traitement de rattrapage en cas de remontée du PSA.
À l’inverse, un profil génomique rassurant peut éviter des examens inutiles et un surtraitement.
3. Réduire les inégalités
Les hommes afro-américains présentent, en population générale, plus de cancers agressifs et une mortalité plus élevée. L’étude suggère que le test génomique prostate :
fonctionne au moins aussi bien, voire mieux, dans ce groupe ;
permet d’identifier très tôt les tumeurs réellement agressives ;
peut contribuer à réduire certaines inégalités de pronostic, en orientant rapidement les hommes les plus à risque vers les stratégies les plus efficaces.
Et pour un urologue au Maroc ou en Afrique du Nord ?
Même si le test génomique prostate Decipher n’est pas encore accessible partout, ce type d’outil annonce clairement l’avenir :
une urologie de précision, où la tumeur est caractérisée moléculairement ;
des décisions prises en RCP d’onco-urologie en intégrant :
PSA,
IRM,
anatomopathologie,
test génomique prostate lorsque disponible ;
une meilleure sélection des patients pour la surveillance active, l’intensification de traitement ou l’inclusion dans des essais cliniques.
Pour le patient, le message est simple :
deux cancers de la prostate qui “se ressemblent” au microscope peuvent en réalité avoir un comportement très différent.
Le test génomique prostate cherche justement à faire la différence entre les deux.
Limites à garder en tête
L’étude VANDAAM apporte une preuve prospective solide, mais :
le nombre total de récidives (15) reste limité,
la durée de suivi (2 ans) ne permet pas encore de conclure sur les métastases et la survie globale,
le coût et l’accès au test génomique prostate peuvent freiner son utilisation de routine.
Les auteurs appellent donc à des cohortes plus larges et plus longues, incluant davantage de populations diverses, pour confirmer la puissance du test génomique prostate dans le temps.
À retenir
Le test génomique prostate Decipher analyse 22 gènes tumoraux et classe le risque de récidive (faible / intermédiaire / élevé).
Dans l’étude VANDAAM, un haut risque génomique multiplie par 5 à 6 le risque de récidive à 2 ans dans l’ensemble de la cohorte, et par plus de 16 chez les hommes afro-américains.
Le test génomique prostate fonctionne bien sur les biopsies, ce qui permet d’en tirer parti avant même la chirurgie ou la radiothérapie.
Cet outil ne remplace pas l’urologue ni l’oncologue, mais il renforce leur capacité à adapter finement le traitement et le suivi à la véritable agressivité du cancer.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation individuelle. Toute décision thérapeutique doit être prise avec une équipe spécialisée en onco-urologie.

