Biopsie liquide prostate : les microARN, nouveaux complices du suivi du cancer de la prostate
Le cancer de la prostate reste l’un des cancers les plus fréquents chez l’homme et la deuxième localisation la plus diagnostiquée dans le monde.
Entre dépistage, active surveillance et traitements curatifs, les patients enchaînent souvent dosages de PSA, IRM et biopsies répétées.
Une question revient donc chez les urologues : et si la « biopsie liquide prostate » permettait de lire l’état de la tumeur… dans un simple tube de sang ou d’urine ?
C’est précisément ce qu’explore une revue publiée en janvier 2026 dans la revue Cells, qui fait le point sur le rôle des microARN (miRNA) dans la biopsie liquide prostate.
Biopsie liquide prostate : pourquoi tout le monde s’y intéresse ?
La biopsie liquide prostate consiste à analyser, dans le sang, l’urine ou d’autres fluides, des biomarqueurs tumoraux (ADN tumoral circulant, cellules tumorales, microARN…).
Objectifs :
mieux détecter les cancers agressifs,
affiner les décisions entre surveillance active et traitement,
suivre l’évolution de la maladie sans multiplier les biopsies de prostate,
détecter précocement les récidives ou les métastases.
Pour les patients, une biopsie liquide prostate signifie potentiellement moins de douleur, moins de risque d’infection et un suivi plus rapproché. Pour l’urologue, c’est un outil supplémentaire de décision, complémentaire au PSA, au score de Gleason et à l’IRM multiparamétrique.
MicroARN : de minuscules « SMS moléculaires » au cœur de la biopsie liquide prostate
Les microARN sont de courts fragments d’ARN non codants qui régulent l’expression des gènes. Certaines signatures de microARN sont typiquement associées au cancer de la prostate, à son agressivité ou à la résistance aux traitements.
Dans la biopsie liquide prostate, ces microARN sont recherchés :
dans le plasma ou le sérum,
dans l’urine post-massage prostatique,
dans le liquide séminal ou le sperme,
parfois dans des exosomes circulants.
La revue de 2026 rappelle que plusieurs microARN (comme miR-141, miR-375, miR-21, miR-221/222) sont associés à des formes plus agressives, à un stade avancé ou à la présence de métastases.
En combinant ces profils, la biopsie liquide prostate pourrait aider à distinguer :
un cancer indolent pouvant rester sous surveillance,
d’une tumeur biologiquement agressive nécessitant un traitement plus précoce.
Ce que montre la revue 2026 sur la biopsie liquide prostate
Dans leur article, Yaghoubi et al. passent en revue des dizaines d’études cliniques sur la biopsie liquide prostate. Les messages principaux :
Certaines signatures de miRNA urinaires ou sanguins atteignent des AUC entre 0,80 et 0,90 pour distinguer cancer de la prostate et hyperplasie bénigne dans des cohortes de petite à moyenne taille.
D’autres panels de miRNA, intégrés à des données cliniques (PSA, IRM, score de Gleason), améliorent la capacité à prédire la présence d’un cancer significatif (ISUP ≥ 2).
Des profils spécifiques de miRNA sont associés au risque de progression sous surveillance active, suggérant une utilisation future de la biopsie liquide prostate pour décider quand sortir un patient de la surveillance.
Enfin, certains miRNA circulants pourraient prédire la réponse à l’hormonothérapie ou aux traitements systémiques dans les cancers métastatiques.
Les auteurs soulignent toutefois que la plupart des résultats proviennent de cohortes monocentriques, parfois avec des méthodes analytiques non standardisées. Il est donc encore trop tôt pour faire de la biopsie liquide prostate un standard, mais les bases sont solides.
Quels bénéfices potentiels pour les patients ?
Si les validations se confirment dans de grands essais :
La biopsie liquide prostate pourrait réduire le nombre de biopsies prostatiques répétées.
Le suivi des patients en surveillance active serait plus fin : un changement de signature microARN pourrait alerter avant la progression histologique.
Pour les cancers avancés, la biopsie liquide prostate offrirait un moyen de suivre l’évolution tumorale et les résistances sans multiplier les examens invasifs.
En pratique, cela pourrait se traduire par :
des décisions thérapeutiques plus personnalisées,
une meilleure information des patients sur le profil de leur tumeur,
un sentiment de suivi continu grâce à une simple prise de sang ou un prélèvement urinaire.
Limites actuelles de la biopsie liquide prostate
La revue insiste sur plusieurs freins avant que la biopsie liquide prostate ne soit intégrée aux recommandations :
grande hétérogénéité des panels de miRNA entre les études ;
absence de seuils standardisés et de techniques harmonisées ;
manque d’essais prospectifs multicentriques avec suivi long ;
coûts et logistique des analyses de miRNA en pratique courante.
Autrement dit : la biopsie liquide prostate est très prometteuse, mais encore en phase de validation. Les urologues doivent la considérer comme un domaine de recherche, pas encore comme un examen de routine.
Biopsie liquide prostate : quels enjeux pour les urologues au Maroc ?
Pour un urologue au Maroc, plusieurs points sont à retenir :
se tenir informé des développements autour de la biopsie liquide prostate, notamment des panels de miRNA les plus robustes ;
proposer à certains patients l’inclusion dans des essais cliniques quand ils seront accessibles dans la région MENA ;
intégrer progressivement cette notion dans la discussion multidisciplinaire, notamment pour la surveillance active et les formes métastatiques.
À moyen terme, la biopsie liquide prostate pourrait devenir un outil clé pour réduire les inégalités d’accès à un suivi de haute précision, notamment dans les zones où les biopsies répétées ou certaines imageries restent difficiles d’accès.
À retenir pour les patients et leurs proches
La biopsie liquide prostate repose sur l’analyse de microARN circulants dans le sang ou l’urine.
Une revue majeure publiée en janvier 2026 montre que ces signatures pourraient aider à mieux diagnostiquer, classer et suivre le cancer de la prostate.
Ce n’est pas encore un examen disponible partout ni un standard de prise en charge, mais un champ de recherche très actif.
En cas de cancer de la prostate, parlez-en avec votre urologue : il pourra vous dire si des essais cliniques sur la biopsie liquide prostate sont ouverts et si vous pouvez y participer.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Toute décision thérapeutique doit être prise avec une équipe spécialisée en onco-urologie.

